Élections législatives : l’impasse

Dimanche aura lieu le deuxième tour des élections législatives, au terme d’une campagne largement décevante. Plutôt que d’évoquer les grands enjeux économiques, comme y invitait naturellement la crise qui touche la France et l’eurozone, les débats de fond n’auront occupé qu’une place infime dans les médias.

Ces derniers jours, le sujet le plus relayé aura ainsi été un psychodrame politico-conjugal autour d’un tweet, autrement dit le règlement de compte entre la compagne du président de la République et son ex-femme, dans une confusion la plus totale entre sphère publique et sphère privée. Il y a fort à parier que cela se révélera peu efficace pour ramener vers les urnes les très nombreux abstentionnistes du premier tour.

Il y avait pourtant beaucoup à dire de ce début de mandat présidentiel : en un temps record, François Hollande a réussi à donner à nos Alliés le sentiment d’un départ précipité d’Afghanistan, alors même que sa promesse d’anticiper d’un an le retrait français a été reniée et que le calendrier initial posé par Sarkozy est finalement maintenu, à 3 mois près. Hollande a aussi grippé le moteur franco-allemand, et la crise européenne repart d’autant plus que la gouvernance et la coordination en sont des éléments cruciaux. Miser sur la discorde pour des raisons électoralistes pourrait se révéler très dangereux et coûteux. De son côté, la ministre de la Justice a annoncé la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, qui venaient pourtant à peine d’être enfin mis en place pour prendre en charge les récidivistes de 16-18 ans les plus durs, ceux qui risquent au moins trois ans de prison. Quant au ministre de l’Éducation, il a multiplié les annonces, une première fois pour décréter la fin prochaine de la semaine de 4 jours partout où elle avait été librement choisie, puis pour ajouter une semaine de vacances à la Toussaint, et maintenant pour avancer la date de la prochaine rentrée scolaire. Le tout sans réelle concertation avec les principaux intéressés, enseignants et parents d’élèves, légitimement furieux. Enfin c’est la Cour des Comptes, pourtant présidée par un socialiste, qui vient d’envoyer au Gouvernement un avertissement solennel, menaçant de ne pas certifier les comptes publics de l’État, à cause des dépenses (à terme, 49 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires) prévues dans le correctif budgétaire que Jean-Marc Ayrault entend faire adopter sitôt la nouvelle Assemblée élue.

Au lieu de débattre sérieusement de ces sujets, c’est la question du Front national qui a entretenu tous les fantasmes. Le duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont a d’ailleurs tourné au fiasco pour le second, victime de son auto-parachutage et d’une médiatisation qui tournait le dos aux électeurs pour ne se concentrer que sur lui.

Dans notre 13e circonscription, la question d’un éventuel dialogue entre UMP et FN a également attiré une foule de journalistes très parisiens, qui ont souvent fait le déplacement non pour chercher à comprendre les raisons de la colère, du chômage, du ras-le-bol, mais pour saisir quelques images ou sons qu’ils ont pu à loisir instrumentaliser à leur guise. La candidate de l’UMP a ainsi été médiatisée sous cet angle unique, au détriment de l’essentiel de nos préoccupations : emploi, mutations industrielles, rôle de l’Etat et des collectivités locales (par exemple dans l’aménagement d’un site stratégique comme la zone industrialo-portuaire, de Fos-sur-Mer à Port-Saint-Louis-du-Rhône).

Bilan : alors que l’étiage de l’UMP était sorti à 19,7% sur la circonscription lors du premier tour des élections présidentielles, aucun marqueur durant la campagne des législatives n’est venu conforter ce score et provoquer le rebond pour accrocher la barre des 21,2% nécessaires pour se qualifier au deuxième tour. Au contraire, le socle s’est encore érodé à 14,7%, aidé en cela par le handicap supplémentaire d’une concurrente parachutée de Marseille à la dernière minute, malgré la difficulté du combat local et l’accord national entre Nouveau Centre et UMP.

La 13e circonscription s’est donc retrouvée dimanche dernier avec trois candidats qualifiés. Mais le socialiste, arrivé deuxième, fut contraint par son parti de se désister, pour ne plus laisser que le choix du pire entre la gauche de la gauche et la droite de la droite. Front de gauche contre Front national. Là encore, gageons que les électeurs se détourneront massivement des urnes. Si le socialiste est un soutien notoire de Jean-Noël Guérini et de Bernard Granié, tous deux gravement mis en cause dans des procédures judiciaires, au moins présentait-il l’avantage d’appartenir à un parti politique modéré. Son éviction forcée est donc particulièrement cruelle pour la population.

De son côté, le candidat Front de gauche a mené une campagne lénifiante calquée sur un mot d’ordre national : la prétention à l’humanisme, agrémentée localement par la description des bastions communistes comme de « paradis sur terre ». Dans les faits, tout contredit ce discours. Ainsi la population de Port-de-Bouc est-elle frappée depuis des années par un des taux de chômage les plus élevés du département. Les armes y circulent allègrement, comme l’illustrent de fréquents règlements de compte sanglants. Plus d’une cinquantaine de points de distribution de drogue y sont répertoriés par les services de police. Le communautarisme et la ghettoïsation à la française y font office de politique de développement, et le dénigrement des entreprises et de la création de richesse ont atteint un tel niveau que les zones d’activité restent vides tandis que la ville perd des habitants depuis plus de 30 ans. Lors des vœux municipaux, on y célèbre Cuba, Castro et Guevara ; pour le 8 mai c’est un drapeau rouge frappé d’une faucille et d’un marteau que l’on brandit. Vingt-trois ans après la chute du mur de Berlin, le communisme municipal y fait toujours des ravages, entraînant une désespérance sociale qui ne perdure qu’à travers un clientélisme poussé à l’extrême. Les opinions divergentes y sont traquées, ceux qui s’éloignent du chemin communiste révolutionnaire sont discrètement rappelés à l’ordre, et les employés municipaux cordialement et régulièrement invités à monter à bord de bus pour aller manifester en rangs derrière des élus triomphants. Un paradis, vraiment ? Sur bien des sujets, la commune martégale présente des similitudes avec sa voisine, tout en ayant l’avantage de bénéficier de ressources beaucoup plus conséquentes, et d’avoir connu une gestion municipale passée attentive à maintenir la diversité pour lutter contre la ghettoïsation.

Mais dans cette élection législative, au moins Gaby Charroux conserve-t-il le bénéfice de connaître les dossiers locaux. Souhaitons toutefois qu’il résistera à la tentation de ne proposer que des pis-aller en guise de solutions, comme lorsqu’il décide de bétonner la rive de l’étang de Berre et la plage de Martigues en espérant repousser un peu plus loin la nuisance des algues en décomposition, faute de volonté politique pour réduire en amont les rejets de nitrates. De même, lorsqu’un industriel envisage un investissement important, il est invraisemblable que la ville de Martigues, par idéologie, hésite à donner un avis favorable. Même si ce dernier n’est que consultatif, il s’agit d’un signal fort. Lorsque les investissements se font finalement ailleurs, c’est toute notre compétitivité locale qui est dégradée, et des emplois directs et indirects menacés à moyen terme.

Quant à la candidate du Front national, désignée volontaire, elle n’a jamais réellement mené campagne ni envisagé de remporter cette élection, et elle ne présentera dimanche prochain aucun assesseur pour s’assurer de la régularité du scrutin. Il s’agit là d’un pari fou dans une circonscription où les sortants ont mobilisé la « machine à écraser » (comprenne qui voudra) pour remporter quoi qu’il arrive le deuxième tour.

Dans une telle situation, la ligne de l’UMP est claire : ni Front national, ni « front républicain », ni désistement :

  • ni Front national : comme l’indiquait très justement Alain Juppé sur France Inter il y a quelques jours, « nous avons trois raisons de ne faire en aucune circonstance des alliances avec le parti du Front national. La première raison est idéologique : ses références, ses valeurs, son passé, son histoire, ne sont pas les nôtres. Deuxièmement, une raison de programme : il y a entre les idées du Front national et les nôtres, incompatibilité. Je prends deux exemples : la sortie de la zone euro, ou bien le retour à la retraite à 60 ans. Et enfin il y a une divergence évidemment politique, puisque le Front national vise à nous casser quitte à faire élire un président socialiste pour asseoir son hégémonie sur ce qu’il considère être la droite. » Voilà pourquoi il n’y aura jamais ni alliance, ni accord, ni appel à voter pour le Front national.
  • ni « front républicain » : contrairement à ce que prétend très souvent la gauche française, tous les partis politiques français sont républicains, y compris le Front national, qui n’appelle absolument pas à un renversement de régime (ce qui n’est d’ailleurs pas le cas de certains discours du Front de gauche, pour lequel l’insurrection est un motif récurrent). En outre, si je ne partage les références ni du Front national, ni du Front de gauche, force est de constater que tous les partis politiques se sont prononcés lors de la dernière présidentielle pour l’instauration d’une dose de proportionnelle aux élections législatives. C’est donc que l’existence de députés pour représenter un parti qui rassemble plusieurs millions d’électeurs est admise, aussi bien par la droite que par la gauche. Il est donc particulièrement curieux que certains, parmi ces mêmes partis politiques, prétendent aujourd’hui s’en indigner.
  • ni désistement : la ligne de l’UMP veut qu’un de ses candidats parvenu au deuxième tour se maintienne dans tous les cas, même sans pouvoir l’emporter. Si je respecte évidemment la ligne fixée, je la trouve insatisfaisante, car en partie contradictoire avec les deux premières consignes : si un candidat arrivé troisième se qualifie en triangulaire, mais sait pertinemment qu’il ne peut pas gagner, alors son maintien coûte que coûte fausse le deuxième tour, car il se fait forcément au détriment d’un des deux premiers candidats qualifiés, et au profit de l’autre. Un maintien dans ces conditions n’est jamais neutre. C’est pourquoi je souhaite voir évoluer la ligne de l’UMP vers un « ni triangulaire » : seuls les deux candidats arrivés en tête devraient être autorisés à se maintenir, ce qui éviterait d’assister à ces arrangements entre partis politiques, dans le dos des électeurs. Je trouve aussi particulièrement choquant que dans onze circonscriptions, les accords de désistement de la gauche au profit du candidat de gauche le mieux placé conduisent à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul candidat au deuxième tour. Les électeurs n’ont alors pas d’autre choix que d’élire celui que les partis politiques ont désigné à leur place. Ces arrangements peuvent certes se comprendre à l’échelle nationale, mais ils laissent à la population un goût particulièrement amer.

Notre circonscription présente à la fois d’immenses atouts, et d’immenses gâchis. Ce n’est pas en se voilant la face que nous apporterons des solutions réelles aux attentes de la population, mais en osant s’en saisir à bras le corps et en disant ce qui ne va pas. Il est temps de restaurer la politique sur notre territoire, au sens le plus noble qui soit.

Pour aller plus loin :

=> Résultats détaillés des élections législatives dans la 13e circonscription des Bouches-du-Rhône

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2 réflexions sur “Élections législatives : l’impasse

  1. Pingback: Élections départementales : victoire UMP UDI-Modem dans les Bouches-du-Rhône, débâcle dans la 13e circonscription « Vincent Goyet

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